L’innovation, le dahut de l’intranet
L'innovation dans les intranets, c'est bien. Le faire, c'est mieux. Même modestement. Tous les cahiers des charges font désormais les gorges chaudes du collaboratif, de l'innovation ascendante, des outils transversaux. Malheureusement, au moment de la mise en oeuvre, on tombe bien souvent des nues.
Le schéma est quasi systématiquement le même. Tout commence par un cahier des charges qui vous explique que le web 1.0, on va laisser ça à mère-grand, que le web 2.0, de toute manière, personne n'a jamais vraiment bien compris ce que c'était, alors autant passer au web 3.0 et de toute manière le président a lu ça dans Metro alors si l'intranet est pas web 3.0, ça passera pas.
Soit. On hésite même à faire du web 3.5 histoire de bien enfoncer la concurrence mais on se dit que le subterfuge pourrait faire long feu. Alors, va pour le web 3.0 même si on a l'impression de manquer de respect à Tim Berners-Lee à chaque fois qu'on emploie le terme.
Surtout, le nouvel intranet va révolutionner la structure car il va décloisonner, il va innover, il va créer du lien et du liant. A grands coups de paquets IP il va abattre ces cloisons que d'austères zélotes du silotage avaient bâtis entre des services pourtant si proches comme la DSI, les RH et les Parcs et Jardins. Autant dire que ça sent le piège.
Modestement et sur la pointe d'un PowerPoint, on aura pris soin, lors d'une soutenance réglée comme du papier à musique, de glisser quelques menus avertissements. Attention, la boîte à bonnes idées ne sert à rien si elle n'est pas suivie d'effets. Attention, il faut que tout cela soit bien préparé : quel processus de traitement des idées ou projets qui vont naître grâce aux outils proposés ? Quelles responsabilités pour les porteurs de projet ? Quel temps peut y passer un agent par rapport à sa mission première ? L'outil est bien secondaire par rapport à la conduite du changement, par rapport à la préparation en amont.
Celles et ceux qui répondent à des appels d'offres ou compétitions savent à quel point une soutenance est un moment à part. On y travaille parfois depuis des semaines et enfin, on a droit à ces quelques minutes ou quelques heures pour convaincre et rapporter plusieurs mois de travail. Un mot de travers et zou, terminé. Comment oser dire à ce moment là que le projet est peut-être un peu parti de travers, que, peut-être le consultant qui a assuré l'accompagnement devrait un peu plus souvent cultiver son jardin et se pencher sur la vraie vie d'un webmaster d'intranet avant de recommander l'équipement en tablettes 3G pour consutler des vidéos de formation continue auprès d'un public qui à l'heure actuelle n'a même pas de poste informatique, pas plus que de téléphone portable professionnel. Oui, comment ? Comment jouer Cassandre quand on doit rassurer, vendre du rêve, du plus, du mieux fait, plus ambitieux. Comment faire comprendre que l'on tique non pas parce que l'on ne sait pas faire mais que, justement, l'ayant fait, on sait que c'est mal parti ? On le fait difficilement et on part aussi du principe que le client dit vrai. Et, au fond, si c'est bien le cas, on le tient enfin notre intranet ambitieux, notre véritable outil au service du changement. Gloria mundi. On va y arriver, fastoche.

Vous ressortez alors de votre soutenance heureux comme un cul de bébé. De retour à vos chères études, vous faites un complément de réponse. Vous proposez toutes ces idées d'outils innovants que vous avez dans les tiroirs depuis des années. Pour certains, vous pouvez même produire des spécifications fonctionnelles étant donné, que, dans d'autres projets, vous êtes déjà allé jusqu'à les faire valider ces spefs. Malheureusement, lors d'un Comité de Pilotage de sombre mémoire, ceux-là même qui vous reprochaient de faire du web à papa, voyant arrivent cet outil du Démon, vous ont demandé de bien vouloir reprendre votre copie et d'aller emballer le poisson avec.
Vous envoyez donc vos trente pages d'outils collaboratifs, de module de consultation permanente, de moteur de création de projet et vous attendez la suite en croisant les droigts.
Et vous gagnez la compet. Joie bonheur. Vous demandez quelles sont les options innovantes qui ont été retenues.
Toutes.
Toutes vous dis-je.
Ca y est, vous l'avez votre intranet collaboratif. Non, pas juste un forum. Un véritable intranet collaboratif.

Passons sur les ateliers, tout va bien, arrive la validation des spefs et les vraies questions. Qui va pouvoir utiliser ces espaces collaboratifs ? Qui va pouvoir se servir du moteur de création de projet ? Est-ce que tout cela va être modéré.
Ami lecteur, si tu as en face de toi un prestataire qui te présente un outil dont tu ne veux pas, voici une liste non exhaustive des excuses que tu pourras avantageusement utiliser. Tu noteras que certaines sont sans appel et ne te demandent même pas de te justifier et font appel à des arguments que l'on ne peut pas te contester. Oui, d'autres avant toi furent bien inspirés pour nous couper l'herbe sous le pied.
- On ne peut pas laisser les vannes ouvertes. Tout cela doit être modéré. Or il n'y a personne pour modérer. Donc on ne peut pas mettre cet outil à disposition.
- Qui aura la responsabilité de ce qui sera publié ? Pas moi. Donc personne de mon service ne contribuera.
- Mes agents sont déjà débordés. Ils ne peuvent pas prendre cette charge de travail en plus.
- Mes agents ne sont pas formés. Ils ne pourront pas prendre l'outil en main. On ne peut pas l'ouvrir. Les former ? Non, c'est notre gros rush de l'année.
- Qu'est-ce qu'on va faire de ces idées et proposition ? Nous n'avons rien prévu pour traiter et donner suite. Ouvrir et ne rien faire ensuite décevrait les agents.
- Je ne vois pas pourquoi on mettrait en oeuvre un tel outil, la DSI planche sur le sujet depuis 1 an.
- On ne peut pas lancer quelque chose comme cela, la DRH travaille sur un référentiel depuis 2 ans.
- Il ne serait pas utile de proposer cette solution, ce sera inclus dans la nouvelle version de notre application métier qui doit être installée dans 6 mois.
- Ce système ne peut pas être mis en oeuvre, tous les agents n'ont pas accès à l'intranet, cela ferait concurrence au système actuel et du coup, double traitement.
Généralement, vous passez alors par deux états successifs.
Le premier, une envie de meurtre. Clouer à une porte de grange celui ou celle qui a produit le cahier des charges. Surtout s'il y a eu une AMO, vous mourrez d'envie de lui faire manger ses livres blancs. Plus jamais les livres blancs.
Le second, un vif et piquant découragement. Vous vous sentez comme le Coyote de l'intranet. Il court après le Bip-bip de l'innovation. Sans jamais y arriver. Jamais.
Finalement, ce ne sera pas pour cette fois non plus. Vous ferez un bel intranet de contenu. Avec du web 3.0 dedans.
Dans un prochain billet, je jouerai moi-même à l'AMO et donnerai ma méthode, révolutionnaire bien sûr, pour réussir à mettre en oeuvre des fonctionnalités innovantes au sein d'un intranet.
Petite check-list avant embauche
Même si certains élus, hauts responsables ou penseurs ont encore du mal à bien comprendre ce qui s'y passe, le web est aujourd'hui plus que démocratisé. On peut choisir de travailler dans le web comme dans l'industrie automobile ou le bâtiment. Revenez dix ans en arrière et les conversations avaient plutôt cette tournure :
- Papa, maman, je vais travailler dans le web.
- Ah non mon dieu mon tout petit, pourquoi tu nous fais ça ? Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu pour mériter ça ? Plus personne ne nous adressera la parole au village
Je force à peine le trait.
Vous entriez dans le web comme on entre en religion. Oui, j'accepte de ne jamais pouvoir discuter de mon travail avec qui que ce soit en soirée. Oui, j'accepte qu'on me prenne pour un pédo-nazi tous les 6 mois quand un député en mal de visibilité ne trouvera rien de mieux que de faire une sortie sur le web, ce bouge immonde duquel suintent pédophiles, nazis et émissaires du gouvernement reptilien.
Or le web est d'abord un club très select, sorte de Reform Club où l'on ne croise que des personnes de bon goût qui partagent une culture fine et racée. Un peu comme les seins de Samantha Fox.
Afin de vous aider, amis recruteurs et travailleurs du web, à perpétuer l'esprit pionnier, nous vous proposons aujourd'hui un petit questionnaire qui devrait vous aider à trier le bon grain de l'ivraie ou de vous préparer à entrer dans le monde merveilleux du web si vous êtes du côté du bureau qui fait de l'huile avec ses fesses au moment de l'entretien.
Q1 : Avez-vous déjà publié des photos d'Estelle Halliday sur votre site perso ?
A - Oui.
B - Non.
C - Est-ce que j'ai l'air de m'appeler Valentin Lacambre ?
Q2 : Pour vous, une RFC, c'est :
A - Une réplique dans Urgence : "faites-lui RFC, chimie, iono".
B - Une chaine de restauration rapide aux plats basés sur le poulet.
C - Un site avec des fichiers textes
Q3 : Pour vous, le W3C, c'est :
A - Un produit d'entretien industriel.
B - Le vaisseau de Scotty dans Star Trek III
C - Un club Suisse pour amateurs de machines NeXT
Q4 - Dans Netscape 4, la petite lumière passe :
A - Derrière le phare puis devant,
B - Devant le phare puis derrière,
C - Nulle part, c'est dans Netscape 4.5 que le logo était animé ainsi.
Q5 - Les gens qui disent surfer avec "Mo-zi-la" :
A - Méritent le pal.
B - Méritent le pal.
C - Méritent IE 6.
Q6 - Complétez cette phrase : "Napster bad..."
A - Hadopi Good
B - eDonkey Good
C - Money Good
Q7 - Combien de temps dure la chanson sur Zombo.com ?
A - 1 minute
B - 2 minutes
C - Welcome on Zombo.com
Q8 - Tubgirl, c'est :
A - La copine de Mario
B - Une diva du TOP 50
C - Une gymnaste un peu portée sur l'alcool qui a glissé sur la savonnette
Merci d'envoyer vos réponses à Dominique Wolton qui transmettra.
TYPO3, un CMS en déclin ?
TYPO3, c'est un peu un CMS en déclin non ?
Ou alors la variante :
TYPO3 est un peu, vous savez, mûr.
Mûr, comme dans "l'âge mûr, juste avant l'âge pourri" comme disait Pierre Desproges.
Directeur d'une société spécialisée dans le développement de sites web, d'extranets ou d'intranets, travaillant principalement avec TYPO3, j'ai entendu ces arguments une ou deux fois lors de récentes soutenances.
On peut discuter de TYPO3, des choix techniques qui sont derrière son architecture, de son interface d'administration, de la courbe d'apprentissage, en particulier pour le Typoscript.
Mais dire de TYPO3 qu'il est en déclin ressemble à s'y méprendre à de l'intox. Surtout, quand, pour répondre à l'assertion, je demande quels ont été les éléments donnés pour motiver le propos. Aucun. J'insiste. Je veux bien tout entendre. Non, rien. On m'a dit que TYPO3 est un CMS sur le déclin.
Soit, mais après tout, pourquoi pas ? Les civilisations sont mortelles alors un CMS.
J'ai donc voulu aller voir de plus près si oui ou non TYPO3 est un CMS en déclin.
Est-ce que TYPO3 intéresse encore ?
Voyons d'abord l'intérêt qu'il peut susciter auprès du grand public.
Sur CMS Matrix, site comparant plusieurs centaines de CMS, on trouve le classement suivant :
Fiches de CMS avec le plus grand nombre de clics :
- WebGUI
- TYPO3
- Mambo
- Drupal
- e107
- Joomla!
CMS les plus comparés :
- Joomla!
- Drupal
- Mambo
- TYPO3
- WebGUI
- Plone
Le classement n'est pas la question. TYPO3 est dans les deux classements. Il suscite encore au moins l'intérêt du public.
Est-ce que le CMS est encore activement développé ?
Les beaux jours de TYPO3 sont-ils vraiment derrière lui ? Sur l'interface web de suivi du code source, on peut voir que plus de 10 000 contributions ou corrections ont été effectuées. Il ne s'agit pas de comparer le nombre de contributions avec celles d'autres CMS (on peut avoir une petite communauté et être un très bon CMS). Juste de savoir s'il est encore activement soutenu et développé. Pour aller plus loin on peut consulter les statistiques de l'interface de suivi des bugs et corrections, accessible elle aussi à tous. Début 2006, 1000 bugs répertoriés et 500 bugs résolus. En mars 2011, plus de 5000 bugs répertoriés, 4000 résolus, 2000 ouverts (TYPO3 et extensions confondus).
L'association TYPO3 propose un programme de certification payant dont elle publie les résultats. En décembre 2009, une petite cinquantaine de développeurs avaient obtenu leur certification. En avril 2010, plus de 130 nouveaux développeurs étaient certifiés. Aujourd'hui, en juillet 2011, ce sont au total plus de 800 développeurs qui sont certifiés. Trois examens sont prévus en août 2011, deux en septembre et deux en novembre.
On voit donc qu'il existe bien une communauté de développeurs, que celle-ci est active, grandissante et que les rapports de bugs et d'anomalies, faits par des utilisateurs finaux, sont en augmentation et non pas en déclin.
Est-ce que le CMS est installé, testé, mis en production ?
On peut avoir un CMS dont le développement se poursuit, dont la base installée est encore active (elle soumet des bugs), mais sa base d'utilisateurs est-elle encore en train de s'étendre ? Pour cela, reportons-nous aux statistiques de téléchargement de TYPO3.
Premier semestre 2009 : 294 361 téléchargements
Second semestre 2009 : 308 619 téléchargements
Premier semestre 2010 : 313 774 téléchargements
Second semestre 2010 : 727 432 téléchargements
Premier semestre 2011 : 660 709 téléchargements
On peut donc voir deux choses :
- TYPO3 est un CMS qui se télécharge plutôt le second semestre de l'année (ce qui n'intéresse personne)
- A semestre égal, l'augmentation est constante : 294 000, 313 000, 660 000 téléchargements
Et l'association TYPO3 ?
Elle va bien, merci. L'association qui porte l'animation et la structuration de la communauté a vu son budget passer de 326 720 francs suisses en 2008 à 486 413 francs suisses en 2009.
Pour l'année 2010, la part du budget prévue par l'association uniquement pour soutenir le développement des versions 4.x et 5.0 de TYPO3 s'élève à 336 000 francs suisses (dont plus de 220 000 francs suisses pour la version 5.0).
Le tableau ainsi brossé n'est pas celui d'un CMS en déclin. La communauté est active, elle grandit, elle compte de plus en plus d'intégrateurs certifiés. Le code source du CMS est vivant, il évolue et l'association qui anime la communauté se porte de mieux en mieux.
Que l'on ne me dise plus, alors, que TYPO3 est un CMS en déclin. Plutôt que certains aimeraient le voir décliner. Ce qui n'est pas le cas.
La classification périodique du développement web
Vous trouverez sur le web de nombreuses listes des 10 ou 15 choses à savoir ou faire pour assurer la réussite d'un projet web. Je me suis dit qu'après plus de 10 années passées à travailler sur le web, je pouvais me plier à l'exercice ayant moi aussi succombé à ces listes et ayant testé de nombreux outils ou méthodes pour travailler mieux, plus vite et, surtout, en y prenant plus de plaisir.
J'ai donc commencé à réfléchir à ce que je pouvais vous léguer, vous, mes chères têtes blondes. M'est alors venue à l'esprit la classification périodique des éléments de Mendeleïv. Pour celles et ceux d'entre vous qui ont poursuivi des études de lettres, je vous resitue un peu la chose.
Un beau matin de 1869, M. Dmitri Mendeleïv se réveille, entre comme un fou dans la cuisine et s'écrie :
Putain, Anna, je vais classer les éléments chimiques dans un tableau ! Y'en a marre de ce bordel ambiant, on se croirait chez les zazous.
De là, on peut noter plusieurs choses :
- Dmitri était particulièrement ordurier avec son épouse Anna (on comprend que son premier mariage n'ait pas duré)
- Il avait déjà en lui cette capacité à prévoir ce qui n'est pas encore connu, pour les éléments chimiques comme pour les courants de mode, citant les zazous alors que ceux-ci ne devaient voir le jour que pendant la Seconde Guerre mondiale.
Et Dmitri l'a produite sa classification. Il a tout bien rangé. Chaque élément à sa place. Avec une logique. Il a pris le monde devant ses yeux, ou tel qu'il l'avait saisi, l'a ordonné, l'a passé au filtre de sa logique. Et ça a marché. Ca a tellement bien marché que quand il eut terminé son grand oeuvre, il restait des cases. Non pas que Dmitri se soit planté. Il restait simplement des éléments à découvrir :
Moi, Dmitri Mendeleïv je vous le dis, c'est comme cela que ça se range. Et c'était tellement mal rangé avant, qu'il reste des éléments à trouver. Ca viendra, j'ai déjà prévu les cases. (citation non sourcée, peut-être fausse)
Force est de constater qu'il avait raison. Après lui vinrent d'autres éléments : le polonium, l'einsteinium, le fermium, ...
Avant d'en revenir à nos pages web, précisons qu'à peu près au même moment Lothar Meyer travaillait sur la même classification. Il ne lui était pas venu à l'idée, par contre, de pouvoir prévoir l'existence de nouveaux éléments.
Tout cela doit être riche d'enseignements pour qui travaille aujourd'hui sur le web. Et histoire de faire plus fort et plus court que tout le monde, je vais vous donner les 5 choses à garder en tête pour réussir.
Rien n'est compliqué
Vous n'allez pas me faire croire une seule seconde que vos petits mickeys qui changent de couleur quand on passe la souris dessus c'est compliqué. Vous n'allez pas me faire entendre que ce qui est en train de se passer est très sérieux et mérite que tout le monde lève les mains des claviers ou qu'on se roule par terre dans une flaque de larmes.
Dmitri, lui, il a classé les éléments. Quand vous ferez un truc équivalent, on en reparlera.
Tout est compliqué
Le web n'a pas été inventé par des laperots de six semaines. Tim Berners Lee a oublié d'être con et pensez deux minutes au fait que les DNS ont été inventés en 1983. Pendant ce temps, vous, vous écoutiez les premiers CD. C'est aussi vieux que ça. Et ça marche encore très bien, merci pour eux. Sauf que faire la différence entre un enregistrement CNAME et un enregistrement SOA, bin vous n'y arrivez pas encore. Le web c'est simple mais cela marche avec de beaux outils. Quand vous vous trouvez face à une page blanche, ne penchez pas tout de suite pour la solution la plus simple, la plus évidente. Soyez logique. Ayez la même rigueur que nos révérés pères fondateurs. Soyez modestes : que le problème soit issu d'une source extérieure devrait être votre dernière option.
Il est peu probable que vous soyez seul
Le web tourne depuis un petit moment déjà. Il est probable qu'il existe déjà une réponse à la question que vous vous posez. STFG : search the fucking google. Arrêtez de réinventer la roue. Dmitri s'appuyait sur les travaux de ses pairs. La science progresse par la connaissance des règles, lois et bases. On se hisse sur les épaules des géants. Oui, vous pouvez créer un nouveau service tout seul mais franchement, si c'est pour faire Chatroulette, c'était pas la peine.
Ayez plusieurs métiers
Après avoir classé les éléments, vous pensez que Dmitri en a profité pour boire des coups à l'oeil avec le Tsar ? Non. Il a continué. Il a travaillé, entre autres, sur la théorie et les effets du protectionnisme en agriculture. Je ne vous demande pas d'avoir un Nobel en courant le 100 mètres en moins de 10 secondes. Mais par pitié, allez au cinéma, regardez les classiques, écoutez de la musique, lisez de la poésie. Donnez vous d'autres règles, d'autres grilles d'analyse que celles qui vont bien du lundi au jeudi.
Soyez ambitieux
Tout cela n'est qu'un flux de balises qui se tirent la bourre. Cela ne reste que ça. Pensez d'abord à ce qu'on doit en faire, à ce que cela apporte de nouveau. Arrêtez de vous tripotez la nouille pour la énième itération d'un module d'actualités, de sondage ou de newsletters. Faites le prochain grand truc. Que ce site de ville soit le site de ville dont on parle en disant "Ah oui mais depuis, c'est plus pareil". Il a pu prévoir des éléments Dmitri. Vous n'allez pas me dire que vous n'arrivez pas à penser une nouvelle page web ?
Si vous n'avez rien compris, vous pouvez fixer l'image ci-dessous pendant 5 minutes, cela devrait vous aider.
Nokia, Python, fastoche.
Un petit test depuis mon téléphone, pour voir si tout fonctionne. C'est simple de blogger depuis son téléphone Nokia. Il suffit d'installer Python.
Envoyé depuis mon mobile avec Wordmobi
Tout paumé
(publié dans l'Echo du Village n°129 - 1er mars 2000)
Le web est immortel. Avec la multiplication des supports, rien ne saurait être mieux sauvegardé et préservé qu'un document numérisé. On peut en à peine vingt minutes graver un CDRom qui contiendrait largement tous les Echo du Village en ligne. Au besoin, en quelques heures, tous les Echo en ligne peuvent être copiés sur des serveurs de fichiers partout dans le monde. Ainsi, si le site principal venait à tomber en panne ou à prendre la foudre, rien ne serait définitivement perdu. Cela représente un réel progrès. Dans cette optique, le monde de l'informatique, et plus généralement l'internet, semble en effet voué à une éternité. Rien ne saurait menacer son existence. On ne compte plus les « miroirs » de sites web. Un miroir est en fait une copie conforme d'un site, l'image exacte de l'original. Cette technique est utilisée dans le cas de site à très forte audience pour donner différents points d'accès au même contenu. Ainsi, on trouvera un serveur du site en Europe, aux Etats-Unis et en Australie pour que tous les internautes puissent accéder facilement et rapidement à un site proche de chez eux. Toutes les visites ne seront pas centralisées sur le même serveur. La maison mère, ou le site principal, peut être situé aux Etats-Unis, les équivalents ont juste à faire des copies régulières pour être à jour et le tour est joué. Les miroirs sont également très utilisés pour les sites de téléchargement. Plutôt que de faire fondre un disque dur, on copie les logiciels sur différentes machines dans le monde pour répartir la charge (exemple d'une liste de miroirs pour le site de KDE http://www.kde.org/mirrors.html. Ces procédés sont un réel progrès. Comment copier ou sauvegarder aussi rapidement et radicalement toutes les archives du journal le Monde ? Comment préserver une copie de tel ou tel livre ? Le numérique, en facilitant la copie, assure une durée de vie très importante aux informations.
Vite fait bien fait
Mais toute médaille a son revers. Celle du numérique est évidente. Si l'on peut copier à l'infini, la suppression, elle aussi, se fait rapidement, proprement et sans bavure. Ce gentil disque-dur, qui fait « grrr-grrr » en toute quiétude, celui-là même qui clignote gentiment dans votre unité centrale, oui, lui, et bien sachez qu'en quelques secondes, il peut passer du rang d'outil de travail à celui de souvenir. Pas plus tard que la semaine passée, Amiel en a fait l'expérience. En vingt secondes, la totalité de son disque-dur a été effacée. Il en a ri. Une commande malencontreuse exécutée avec un peu trop de promptitude et tous ces beaux fichiers ne sont plus que de l'histoire ancienne. Vingt toutes petites secondes pour plusieurs giga. Au moins, c'est du beau travail. Greg, lui aussi, a vécu une expérience similaire. Suite à une panne matérielle, tous ses documents personnels sont passés à la trappe. La dépression nerveuse n'était pas loin. Pendant plusieurs jours, Greg s'est demandé s'il était bien fait pour travailler dans le monde de l'informatique. Citons également le cas de Zouzou pour qui Tchernobyl évoque plus un vilain virus mangeur de fichiers qu'une catastrophe majeure du nucléaire civil.
Et là, contrairement à un livre qui brûle à petit feu, une fois qu'un fichier est supprimé, il est vraiment supprimé. Fi des « undelete » ou « recover ». Il existe bien des manipulations très coûteuses faites en milieu stérile, mais, pour le grand public, une fois la corbeille vidée ou le virus frappeur installé, il n'y a plus rien à faire. C'est perdu.
La mémoire qui flanche
Quelle sensation étrange que celle de l'effacement définitif du fichier informatique. On peut comparer ce frisson à celui qui nous fait trembler lorsque la machine se fige puis redémarre alors que nous n'avions pas encore sauvegardé le document sur lequel nous étions en train de travailler. Face à cela, on relève différentes réactions qui nous permettent de classer les informaticiens dans de grandes catégories. On peut tout d'abord citer le boxeur, également appelé le marteleur. L'informaticien se met à frapper du poing tout ce qui se trouve dans son proche environnement. Son clavier, sa souris, son voisin de bureau. Les claviers s'en remettent souvent moins bien que les voisins de bureau. En effet, le voisin, avec l'entraînement, voit venir le coup et en profite pour s'éloigner. Le clavier, lui, est toujours pris par surprise en encaisse de plein fouet. Autre type d'informaticien face à l'erreur matérielle, le hurleur. C'est bien simple : si quelque chose ne se passe pas bien, il tient à ce que tout le monde le sache. On peut mesurer la gravité de la situation aux différents noms d'oiseaux qui sont alors distillés. Selon l'inventivité ou la longueur des insultes lancées à la cantonade, on peut savoir s'il s'agit d'un seul fichier ou de la totalité d'un disque dur qui vient de lâchera. Il existe également le technicien de mauvaise foi, celui qui va se rabattre sur le pauvre stagiaire qui vient juste de terminer une image gif pour l'accuser d'avoir mis à sac la base de données du site web. Il peut également aller insulter le journaliste parce qu'à coup sûr, c'est sa faute si le serveur DNS est tombé en panne. Après deux ou trois heures de vocifération à grand renfort de gesticulation, le technicien finira par retourner devant sa machine et avouera, tout penaud, que, oui, bon, il a p'têt fait une fausse manip'. Dernière catégorie, la plus intéressante sans doute, le stoïque. Celui-ci, une fois qu'il est certain que ses données sont définitivement perdues, dit « zut », voire « flûte » si c'est très grave, va prendre un café, voire un thé, si c'est très grave, regarde par la fenêtre avec une sourire d'enfant et se remet au travail, recommence tout comme si c'était la première fois. Ceux-ci sont rares. Ce sont souvent les plus anciens. A force d'expérience, ils ont fait leur deuil de ces erreurs bêtes, de ces mauvais calculs. Pour eux, cela relève presque de la routine. Ces pertes ne sont rien de plus que la roue crevée du taxi ou la truelle tordue du maçon.
La poésie de la disquette
Les informaticiens apprennent à prendre les choses à la légère. Au fond, ce n'est pas si grave. Des semaines de travail qui s'envolent et après ? On ne peut plus rien faire, alors, autant en rire. Il n'est pas rare de voir un programmeur approcher de votre bureau en rigolant pour qu'il vous annonce, la bouche en coeur, qu'il vient de faire une sauvegarde malheureuse et qu'il a donc perdu deux jours de développement.
Si jamais, à l'annonce du crash imminent d'une météorite sur la terre, vous voyez des hommes hurler de rire en se roulant par terre, rassurez-vous, ce sont des informaticiens.
Révolution chocolatière
(Publié dans l'Echo du Village n°140 - jeudi 17 mai 2001)
Hier, en plein bouclage de l'Echo papier de juin, nous avions décidé de nous offrir un repas. Avouons-le, la rédaction de l'Echo du Village ne passe jamais à côté du luxe. Sans pousser le vice jusqu'à manger à heure fixe ou bien même à avoir des menus équilibrés, nous nous octoyions une pause gastronomique. Direction : le supermarché du coin. On en salive d'avance.
En route pour la joie
Car, oui, nous sommes en plein bouclage de l'Echo papier. Après un an d'absence, il est de retour dans les kiosques. Enfin, pas tout de suite : début juin. A l'heure qu'il est, les maquettistes terminent les derniers détails. Vous pouvez d'ailleurs voir la couverture un peu plus haut sur cette page. La rédac ressemble à l'une de ses fourmilières dans lesquelles vous donniez des coups de pied étant enfant - que nous lecteurs résidant au pôle Nord ou Sud me contactent pour obtenir une image plus parlante à leurs yeux. Ne mentez pas, je vous ai vus. Les fourmis se mettent alors à courir en tout sens, affolées comme des adolescentes le jour des soldes au Printemps. Si vous voulez, on peut également dire que la rédac ressemble à un magasin du Printemps le jour des soldes. Il se passe rarement cinq minutes sans que quelqu'un se lève de sa chaise pour interpeller un voisin en lui demandant : « Où est-ce que tu as sauvegardé l'illustr' pour la page quatre vingt ? ». Sachant que l'Echo papier ne comporte que soixante douze pages. A l'heure actuelle, ce sont déjà quarante litres de thé et presque le double de café qui ont été ingurgités. Les maquettistes se sont tous commandé des prostates de rechange. Le rédac chef, lui, se fait directement des injections de théine. C'est plus rapide.
Tu vas la boucler !
La maquette papier arrive à son terme cette semaine. Le CDRom, lui, a eu son heure de gloire vendredi dernier. Ce fut d'ailleurs l'occasion pour nous de créer un sanctuaire d'un tout nouveau genre : un cimetière à graveur de CD. Vous connaissez aussi cette sensation. Vous venez de trébucher en sortant de la cuisine, les bras chargés de plats (y compris les assiettes en porcelaine de mémé) et vous tentez désespérément de reprendre votre équilibre. Alors que vous gesticulez tout doucement sans quoi vous balanceriez des assiettes un peu partout dans la pièce, vous cherchez du regard un point d'appui solide ou poser ce pied qui, suspendu en l'air, reste votre dernière chance avant de vous étaler de tout votre long sur le parquet et, logiquement, sur les assiettes en porcelaine de mémé. Enfin, vous apercevez, au milieu des jouets du petit dernier qui traînent là, un espace libre où toucher terre. Mais, enfer : c'est un tapis. Même sans en faire l'expérience, vous savez déjà que ce tapis va se dérober sous votre pantoufle. Plus la peine d'espérer. Toute résistance est vaine. Autant lâcher les assiettes tout de suite. Cette sensation, donc, nous l'avons ressentie vendredi soir.
Après une journée à courir de-ci de-là à corriger les dernières erreurs, à s'énerver un brin sans quoi c'est pas rigolo, nous étions enfin arrivés à la gravure du CD. Greg, Zouzou et moi étions devant la trappe du graveur. Un CD vierge à la main, nous contemplions déjà en rêve notre première épreuve, fiers de ce rude labeur et de l'argent du beurre. C'est là que s'est produit le flash du tapis. Le graveur ne pouvait pas fonctionner correctement. Cela faisait des semaines qu'il fonctionnait à merveille. Il a gravé CD sur CD sans le moindre problème. Zouzou a même pu sauvegarder sa collection de photos de Michel Topaloff sans aucun souci. Cela n'avait que trop duré. Effectivement. Ce graveur, visiblement infiltré par la concurrence, a raté trois CD avant que nous nous décidions à en essayer un autre. Pendant que Greg dansait la carmagnole sur son graveur, Zouzou essayait alors de raisonner Robert. « Mais non c'est pas important tes sauvegardes de la base de données des Villageois. Tu veux pas nous graver notre CD avant ? »
Grave !
Pas moins de quatre graveurs plus loin, le CDRom était finalement prêt, ce qui nous ramène à l'objet de cet édito : notre pose repas. Suivez un peu. Nous étions donc en route pour une pause repas, prêts à savourez de délicieux sandwiches faits avec tout l'amour que l'on met à descendre ses poubelles. Après une revigorante promenade sous les néons forcément blafards, nous avions enfin jeté notre dévolu sur des préparations alimentaires que Gérard d'Aboville, perdu en pleine mer, aurait préféré laisser aux poissons.
De retour vers les caisses, les bras chargés de victuailles, nous attendions notre tour. Mon regard a alors croisé celui d'un paquet de Kinder Bueno. Ceux qui ont déjà regardé un paquet de Kinder Bueno au fond des yeux savent de quoi je parle. Au milieu de ces mille autres friandises, il m'attendait. Pourtant, j'avais largement de quoi manger. Je devais même dépasser un peu mes besoins en calories. Ces barres chocolatées ne m'étaient en rien vitales. Malgré moi, j'avais envie de les acheter. Il est assez curieux, pour quelqu'un qui pense encore jouir de son libre arbitre, de se rendre compte qu'un paquet de Kinder Bueno lui fait mettre genou à terre.
Alors j'ai résisté. J'ai tenu bon. J'ai gratifié la caissière d'un sourire crispé, j'ai payé et je suis sorti sain et sauf du centre commercial. Ils étaient tous là, à côté de moi. Lénine, Trotsky, Bakounine et tous les grands. Ils me serraient la main et me congratulaient. J'avais résisté. La consommation galopante ne passerait pas par moi.
C'est là que Zouzou m'a demandé si j'avais écrit mon édito pour l'Echo papier. Quand je me suis retourné, j'ai vu Lénine, Trotsky et Bakounine partir en courant. Sympa les copains.
Vivement le progrès
(publié dans l'Echo du Village n°150 - 19 jullet 2001)
A force de vivre dans la technologie jusqu'aux oreilles, le surfeur invétéré finit par oublier que certains pans entiers du monde restent désespérément passéistes. Quelques irréductibles bastions analogiques résistent au progrès. Là, l'approximatif et le pifomètre règnent sans partage. Parfois, c'est cruellement que l'aficionados de la technologie est rappelé à l'ordre. Prenons l'exemple authentique de ce gentil technophile, qui, par un soir d'été, savoure une fin de soirée tranquillement vautré dans un confortable sofa. Il ne sait pas encore que l'archaïsme s'apprête à lui faire un croc-en-jambe rigolard. Sans même attendre la coupure pub, le téléphone sonne. L'homo-sofa qui n'a pas tout oublié de son enfance se souvient encore comment décrocher et porte donc l'antique combiné à son oreille. S'en suit alors une discussion édifiante dont voici quelques morceaux choisis :
« -Allo ?
-Oui ?
-... (silence à peine couvert par le passage d'une Kawazaki 500 cc dans la rue)
-A qui ai-je l'honneur ? demandait le technophile intrigué.
-Bin, c'est moi ! répondit la voix de jeune fille.
-Désolé, le combiné est un peu vieux, il y a du bruit dans la rue, j'ai peur de ne pas vous reconnaître. A moins que ce ne soit un mauvais numéro...
-Non non, c'est bien toi que j'appelle, précisait la damoiselle, le timbre de la voix brûlant de la flamme de l'irritation. Si tu ne me reconnais pas, c'est pas la peine.
-Clic, dit l'écouteur. »
Jetons un voile pudique sur cette scène et ces dialogues qui ne sont pas sans rappeler les plus glissants des soaps.
Que fait alors notre jeune homme une fois la discussion terminée ? Il reste coi, sous le choc. Ce n'est pas tous les jours qu'il reçoit des coups de fil d'une demoiselle. Encore plus rares sont les communications à se dérouler de la sorte et à se conclure ainsi. La situation a quelque chose d'intolérable. Tout lui échappe. Lui, qui, grâce à la technologie règle tout sur du papier à musique à la virgule près, là, il perd la main. Il ne compte pas se laisser faire. Il finira bien par savoir qui a téléphoné et qui s'est joué de lui de la sorte. C'est là qu'on voit à quel point la technique est pernicieuse : il passe en revue des moyens simples et rapides de régler le problème. CTRL + Z, comme sous Word, pour annuler la dernière action et revenir juste avant qu'elle ne raccroche ? Impossible, il ne trouve pas la touche CTRL sur son cadran téléphonique. Restaurer la dernière partie sauvegardée, comme dans Quake, pour se replonger dans le dialogue, juste avant qu'il ne faute ? Manque de bol, la touche F2 manque à l'appel, elle aussi. Décidément, s'il présente des avantages évidents, comme les fleurs, les papillons et les vacances à Palavas-les-Flots, le monde analogique, c'est pas tous les jours dimanche.
Pas démonté pour si peu, notre homme du XXIème siècle continue sa recherche avec les moyens, dits, du bord. Tout de même, aujourd'hui, il n'est rien que la technologie ait fait qu'elle ne puisse défaire. Le 3131 ? Pas la peine, ce service ne fonctionne que si la communication n'a pas eu lieu. L'affichage du numéro appelant ? Guère utile une fois que le combiné est reposé... Il ne reste donc plus qu'une seule solution : France Telecom. Le technicien des renseignements ne fut guère utile dans cette quête de la douce inconnue. Malgré les suppliques du jeune homme, qui alla même jusqu'à se faire passer pour un commissaire de la DST en pleine mission secrète, l'homme au bout du fil ne voulut rien entendre. Alors que le moindre serveur web peut garder en mémoire durant des mois la trace du surf de milliers d'internautes, un terminal de France Telecom, lui, fait de l'amnésie pour un numéro à dix chiffres.
Alors il est là, face à son téléphone. Transi par un sentiment d'impuissance qu'il pensait avoir oublié, le jeune homme peste et crache contre ce monde impuissant, désespérément aléatoire. Et puis la colère finit par passer. Au fond, la situation revêt quelque charme. La belle inconnue gagne à rester dans l'ombre. Cet épisode serait même un peu romantique, mignon. Un coup de fil mystérieux, une admiratrice anonyme. Tout cela titille délicieusement. Oui, c'est décidé, demain, il mettra un vase avec des fleurs sur son ordinateur.
De la propagande
(publié dans l'Echo du Village n°228 - Jeudi 6 février 2003)
Tout est bon dans le cochon
Surtout, faites ce que je dis, pas ce que je fais. Voilà comment on pourrait résumer le discours tenu par certains fournisseurs d’accès internet français lorsqu’ils vantent leurs produits. Ils mentent comme des arracheurs de dents, font briller mille merveilles interdites et voudraient, ensuite, qu’on leur pardonne tous leurs péchés. Va, mon provider, tu as fauté mais t'as pas fait exprès.
Il va bien falloir qu’un jour les publicitaires soient responsabilisés. Que quelqu’un s’occupe d’eux, qu’on leur donne un chaperon ou que l’on nomme un surveillant pour qu’ils évitent de commettre des absurdités comme on peut en voir à longueur de temps sur nos bonnes vieilles télés. Qu’il faille présenter l’Internet comme un outil merveilleux, ouvrant les portes de la connaissance, aiguisant la curiosité intellectuelle et permettant de rencontrer des citoyens du monde, soit. Mais qu’on le présente aussi accessible qu’un jardin d’éveil premier âge tout en étant aussi sophistiqué qu’un avion de chasse, non. Et, surtout, qu’on fasse miroiter le fruit défendu, on frôle la malhonnêteté.
Commençons par AOL. En ce moment, AOL communique à longueur de journée sur son accès ADSL. On nous montre de gentils pépés et de gentilles mémés comme en voudraient tous les petits enfants de la terre. Mémé clique, pépé télécharge et ensemble ils surfent, le stéradent étincelant. Hawaï à côté c’est du pipi de chat. Arrive ensuite une jeune donzelle au chignon vitrifié qui nous explique que sur le Grand Internet Mondial, elle peut télécharger de la musique à s’en faire péter la trompe d’Eustache. Et elle la trouve où, sa musique ? AOL propose très certainement une sélection de clips et d’extraits mais à n’en pas douter, ces clips sont les mêmes que ceux qui lavent la cervelle du chignon et de la dame à longueur de temps sur M6 ou MTV. Quand on sait que 80% du trafic des fournisseurs d’accès est généré par le peer-to-peer et l’échange de fichier, on trouve la pilule un peu grosse à avaler. Heureusement, AOL ne plaisante pas avec la loi. Alors même que la jeune fille s’apprête à laisser sa place à un couple modèle, défile alors en bas de l’écran un petit message qui nous explique que, bhaaa, c’est caca de pirater. Précisons que même un ado shooté à Wipe Out ne parviendrait pas à suivre le message.
Mais AOL n’est pas le seul fournisseur d’accès à jouer ce double jeu. Revenons quelques mois en arrière. Fleurissaient alors, partout en France, de belles affiches de publicité pour Wanadoo haut débit qui vantaient les mérites de l’accès ADSL pour enfin profiter pleinement de la musique en ligne. Bien sûr. Mais Wanadoo ne s’arrête pas en si bon chemin. Wanadoo enfonce le clou. Aujourd’hui, Wanadoo se pose en porte drapeau de la positive generation. Passons outre le gnagna du slogan qui fleure bon les matins qui chantent et les damnés de la terre à la mode 2003. Attardons-nous sur ce qui se cache derrière ce slogan. Une « positive generation », qu’est-ce donc ? A regarder les pubs, on comprend que c’est une génération qui ne laisse pas tomber les plus faibles, c’est une génération qui ose, qui se donne la main. C’est, en somme, une génération qui a des valeurs. Or, Wanadoo est un fournisseur d’accès à l’Internet. On comprend donc que cette génération, c’est celle de l’Internet, donc celle de Wanadoo, par glissement. Wanadoo véhicule donc des valeurs, une certaine vision de la vie. Arrivés à ce constat, faisons un rapide détour par les grands combats juridiques menés par les fournisseurs d’accès ces dernières années. On constate que la revendication principale fut celle-ci : nous ne sommes pas responsables du contenu qui transite par nos tuyaux. Tout comme les hébergeurs n’ont pas à faire la police, les fournisseurs se bornent à offrir une connexion, sans plus. Ils n’ont pas le rôle d’un journal ou d’une télévision. Que dire, alors, du discours tenu par AOL ou Wanadoo ?
Que les fournisseurs arrêtent ce double jeu. Qu’ils arrêtent de dire qu’il ne sont que d’honnêtes et mignons prestataires techniques quand ils communiquent sur des valeurs ou qu’ils vendent des pratiques illégales. Cela fait penser à ces fabricants de mines anti-personnels qui vous expliquent qu’ils créent des emplois non seulement en amont, avec la fabrication des mines, mais aussi en aval, avec les prothèses. Bha oui. Au pays du profit, les borgnes sont le client roi.
Non merci pour l’info
(publié dans l'Echo du Village n°282 - Jeudi 12 février 2004)
Le retour des pédos-nazis de l'Internet
Vendu par le club M6 au club Canal+, Emmanuel Chain joue désormais en première division en matière de poujadisme télévisuel. Dernier passement de jambe : un simili débat autour du dernier clip anti-occident d'Al Qaida. Théorie avancée : la nébuleuse terroriste recrute maintenant sur Internet, ANPE mondiale pour meurtriers en mal de main d'œuvre. En d'autres termes : du n'importe quoi d'un fort bon calibre.
Résumons rapidement l'émission, tout du moins le déroulement du débat. M. Chain avait sur son plateau un journaliste spécialiste du terrorisme (ça en faisait au moins un), un politologue du CNRS et, me semble-t-il, un troisième invité, cela sans compter la co-animatrice qui somnolait doucement en attendant le prochain sujet football. Point d'orgue de la kermesse : la diffusion d'un clip de rap anti-américain, anti-occident, pseudo propagande de recrutement pour Al Qaida ou tout autre groupuscule terroriste.
Moralité de l'histoire : le grand Internet mondial, c'est bien mignon, mais si c'est pour faire la promo de Ben Laden, ah ben non alors, j'ai bien fait de l'interdire à mon petit dernier.
Voyant cela, l'internaute un tant soit peu civilisé mû par un réflexe salvateur pense à changer de chaîne et se surprend à aller tirer la chasse. Une fois l'étron télévisuel passé, revenons un instant sur le propos du débat : Internet est un auxiliaire du terrorisme, aidant les plus dangereux des criminels à grossir leurs rangs. Voyons ce qui peut étayer une telle thèse.
Des faits ? Aucune preuve claire n'a été donnée dans le débat. Un tel clip touchera peut-être des jeunes, des terroristes potentiels, mais il était clair que ce petit montage musical n'allait pas faire basculer qui que ce soit du côté des meurtriers.
Un effet du clip ? Qui peut avoir peur d'un clip tourné on ne sait où par on ne sait qui avec un (mauvais) chanteur cagoulé qui nous explique qu'il va détruire l'Occident ? Si ce clip doit avoir un rôle, c'est bien de montrer qu'Al Qaida bouge encore, qu'ils ont des moyens et qu'ils savent se servir du Net. Ca on le savait déjà. Par contre, savoir qu'ils bougent encore, sans parler du Net, merci Emmanuel Chain d'avoir relayé la propagande.
Maintenant, voyons plus largement la place qui a été donnée à l'Internet. Pour cela, on pourra effectuer une comparaison avec la route et la circulation automobile.
Le grand public sait ce qu'est une voiture, il sait ce que sont les autoroutes et se représente bien ce qu'est un accident meurtrier par rapport à la totalité des trajets effectués sans encombres.
Pour l'Internet, c'est une autre histoire. Cela reste flou, bien compliqué et abscons. Il ne faut pas nier ce qu'Internet peut apporter aux groupuscules terroristes et autres déséquilibrés pédophiles. Toutefois, si l'on rapporte cette activité à la totalité de l'Internet, on se rend bien compte que tout cela n'est que parcellaire.
Pourquoi M. Chain n'a-t-il pas fait un sujet sur le rôle fondamental que joue l'Internet dans la reconstruction de l'Irak ? Durant la dictature de Saddam Hussein, de nombreux intellectuels durent fuir le pays. Aujourd'hui, c'est grâce à l'Internet que la communauté des "cerveaux" irakiens peut se reconstruire.
Pourquoi M. Chain n'a-t-il pas fait un sujet sur Victoire Ducrocq ? Une internaute de Dunkerque qui a publié les premiers temps de ses mémoire dans l'Echo du Village, partageant avec tous son enfance sous l'Occupation ? Pourquoi aucun sujet sur Victoire qui a pu trouver sur l'Internet des amis et du soutien pour l'aider dans sa lutte contre une longue maladie qui devait finalement l'emporter l'an dernier ?
Présenter un sujet dans lequel l'Internet est mis en scène comme l'a fait M. Chain relève d'un mauvais travail journalistique, d'une mauvaise hiérarchisation de l'information. L'Internet n'était pas replacé dans un contexte global. Or, présenter une information sous un angle volontairement réducteur, ne pas mettre en lumière tous les éléments ou en éluder certains pour rendre un fait plus attractif ou le faire plus important qu'il n'est, cela ressemble, à s'y méprendre, à de la propagande. Un peu comme un clip d'Al Qaida.


