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Tout paumé | Ah non pas encore lui !

Tout paumé

(publié dans l’Echo du Village n°129 – 1er mars 2000)

Le web est immortel. Avec la multiplication des supports, rien ne saurait être mieux sauvegardé et préservé qu’un document numérisé. On peut en à peine vingt minutes graver un CDRom qui contiendrait largement tous les Echo du Village en ligne. Au besoin, en quelques heures, tous les Echo en ligne peuvent être copiés sur des serveurs de fichiers partout dans le monde. Ainsi, si le site principal venait à tomber en panne ou à prendre la foudre, rien ne serait définitivement perdu. Cela représente un réel progrès. Dans cette optique, le monde de l’informatique, et plus généralement l’internet, semble en effet voué à une éternité. Rien ne saurait menacer son existence. On ne compte plus les « miroirs » de sites web. Un miroir est en fait une copie conforme d’un site, l’image exacte de l’original. Cette technique est utilisée dans le cas de site à très forte audience pour donner différents points d’accès au même contenu. Ainsi, on trouvera un serveur du site en Europe, aux Etats-Unis et en Australie pour que tous les internautes puissent accéder facilement et rapidement à un site proche de chez eux. Toutes les visites ne seront pas centralisées sur le même serveur. La maison mère, ou le site principal, peut être situé aux Etats-Unis, les équivalents ont juste à faire des copies régulières pour être à jour et le tour est joué. Les miroirs sont également très utilisés pour les sites de téléchargement. Plutôt que de faire fondre un disque dur, on copie les logiciels sur différentes machines dans le monde pour répartir la charge (exemple d’une liste de miroirs pour le site de KDE http://www.kde.org/mirrors.html. Ces procédés sont un réel progrès. Comment copier ou sauvegarder aussi rapidement et radicalement toutes les archives du journal le Monde ? Comment préserver une copie de tel ou tel livre ? Le numérique, en facilitant la copie, assure une durée de vie très importante aux informations.

Vite fait bien fait

Mais toute médaille a son revers. Celle du numérique est évidente. Si l’on peut copier à l’infini, la suppression, elle aussi, se fait rapidement, proprement et sans bavure. Ce gentil disque-dur, qui fait « grrr-grrr » en toute quiétude, celui-là même qui clignote gentiment dans votre unité centrale, oui, lui, et bien sachez qu’en quelques secondes, il peut passer du rang d’outil de travail à celui de souvenir. Pas plus tard que la semaine passée, Amiel en a fait l’expérience. En vingt secondes, la totalité de son disque-dur a été effacée. Il en a ri. Une commande malencontreuse exécutée avec un peu trop de promptitude et tous ces beaux fichiers ne sont plus que de l’histoire ancienne. Vingt toutes petites secondes pour plusieurs giga. Au moins, c’est du beau travail. Greg, lui aussi, a vécu une expérience similaire. Suite à une panne matérielle, tous ses documents personnels sont passés à la trappe. La dépression nerveuse n’était pas loin. Pendant plusieurs jours, Greg s’est demandé s’il était bien fait pour travailler dans le monde de l’informatique. Citons également le cas de Zouzou pour qui Tchernobyl évoque plus un vilain virus mangeur de fichiers qu’une catastrophe majeure du nucléaire civil.
Et là, contrairement à un livre qui brûle à petit feu, une fois qu’un fichier est supprimé, il est vraiment supprimé. Fi des « undelete » ou « recover ». Il existe bien des manipulations très coûteuses faites en milieu stérile, mais, pour le grand public, une fois la corbeille vidée ou le virus frappeur installé, il n’y a plus rien à faire. C’est perdu.

La mémoire qui flanche

Quelle sensation étrange que celle de l’effacement définitif du fichier informatique. On peut comparer ce frisson à celui qui nous fait trembler lorsque la machine se fige puis redémarre alors que nous n’avions pas encore sauvegardé le document sur lequel nous étions en train de travailler. Face à cela, on relève différentes réactions qui nous permettent de classer les informaticiens dans de grandes catégories. On peut tout d’abord citer le boxeur, également appelé le marteleur. L’informaticien se met à frapper du poing tout ce qui se trouve dans son proche environnement. Son clavier, sa souris, son voisin de bureau. Les claviers s’en remettent souvent moins bien que les voisins de bureau. En effet, le voisin, avec l’entraînement, voit venir le coup et en profite pour s’éloigner. Le clavier, lui, est toujours pris par surprise en encaisse de plein fouet. Autre type d’informaticien face à l’erreur matérielle, le hurleur. C’est bien simple : si quelque chose ne se passe pas bien, il tient à ce que tout le monde le sache. On peut mesurer la gravité de la situation aux différents noms d’oiseaux qui sont alors distillés. Selon l’inventivité ou la longueur des insultes lancées à la cantonade, on peut savoir s’il s’agit d’un seul fichier ou de la totalité d’un disque dur qui vient de lâchera. Il existe également le technicien de mauvaise foi, celui qui va se rabattre sur le pauvre stagiaire qui vient juste de terminer une image gif pour l’accuser d’avoir mis à sac la base de données du site web. Il peut également aller insulter le journaliste parce qu’à coup sûr, c’est sa faute si le serveur DNS est tombé en panne. Après deux ou trois heures de vocifération à grand renfort de gesticulation, le technicien finira par retourner devant sa machine et avouera, tout penaud, que, oui, bon, il a p’têt fait une fausse manip’. Dernière catégorie, la plus intéressante sans doute, le stoïque. Celui-ci, une fois qu’il est certain que ses données sont définitivement perdues, dit « zut », voire « flûte » si c’est très grave, va prendre un café, voire un thé, si c’est très grave, regarde par la fenêtre avec une sourire d’enfant et se remet au travail, recommence tout comme si c’était la première fois. Ceux-ci sont rares. Ce sont souvent les plus anciens. A force d’expérience, ils ont fait leur deuil de ces erreurs bêtes, de ces mauvais calculs. Pour eux, cela relève presque de la routine. Ces pertes ne sont rien de plus que la roue crevée du taxi ou la truelle tordue du maçon.

La poésie de la disquette

Les informaticiens apprennent à prendre les choses à la légère. Au fond, ce n’est pas si grave. Des semaines de travail qui s’envolent et après ? On ne peut plus rien faire, alors, autant en rire. Il n’est pas rare de voir un programmeur approcher de votre bureau en rigolant pour qu’il vous annonce, la bouche en coeur, qu’il vient de faire une sauvegarde malheureuse et qu’il a donc perdu deux jours de développement.
Si jamais, à l’annonce du crash imminent d’une météorite sur la terre, vous voyez des hommes hurler de rire en se roulant par terre, rassurez-vous, ce sont des informaticiens.

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Pierre-Emmanuel Muller

Il est l'auteur de ce blog. Les propos publiés ici n'engagent que lui et son sens de l'humour à géométrie variable. Ils n'engagent en rien celles et ceux qui sont obligés de partager leurs heures de bureau avec lui. Vous pouvez trouver ici un CV, la liste de mes bouquins ou bien encore quelques écrits de jeunesse.