Warning: include_once(/home/pem/ndlr.net/wp-content/plugins/wordpress-support/wordpress-support.php): failed to open stream: Permission denied in /home/pem/ndlr.net/wp-settings.php on line 306

Warning: include_once(): Failed opening '/home/pem/ndlr.net/wp-content/plugins/wordpress-support/wordpress-support.php' for inclusion (include_path='.:/usr/local/lib/php:/usr/local/php5/lib/pear') in /home/pem/ndlr.net/wp-settings.php on line 306

Warning: Cannot modify header information - headers already sent by (output started at /home/pem/ndlr.net/wp-settings.php:306) in /home/pem/ndlr.net/wp-content/plugins/wp-super-cache/wp-cache-phase2.php on line 62
Esprit chalet | Ah non pas encore lui ! | Page 2

Vivement le progrès

(publié dans l’Echo du Village n°150 – 19 jullet 2001)

A force de vivre dans la technologie jusqu’aux oreilles, le surfeur invétéré finit par oublier que certains pans entiers du monde restent désespérément passéistes. Quelques irréductibles bastions analogiques résistent au progrès. Là, l’approximatif et le pifomètre règnent sans partage. Parfois, c’est cruellement que l’aficionados de la technologie est rappelé à l’ordre. Prenons l’exemple authentique de ce gentil technophile, qui, par un soir d’été, savoure une fin de soirée tranquillement vautré dans un confortable sofa. Il ne sait pas encore que l’archaïsme s’apprête à lui faire un croc-en-jambe rigolard. Sans même attendre la coupure pub, le téléphone sonne. L’homo-sofa qui n’a pas tout oublié de son enfance se souvient encore comment décrocher et porte donc l’antique combiné à son oreille. S’en suit alors une discussion édifiante dont voici quelques morceaux choisis :

-Allo ?
-Oui ?
-… (silence à peine couvert par le passage d’une Kawazaki 500 cc dans la rue)
-A qui ai-je l’honneur ? demandait le technophile intrigué.
-Bin, c’est moi ! répondit la voix de jeune fille.
-Désolé, le combiné est un peu vieux, il y a du bruit dans la rue, j’ai peur de ne pas vous reconnaître. A moins que ce ne soit un mauvais numéro…
-Non non, c’est bien toi que j’appelle, précisait la damoiselle, le timbre de la voix brûlant de la flamme de l’irritation. Si tu ne me reconnais pas, c’est pas la peine.
-Clic, dit l’écouteur.

Jetons un voile pudique sur cette scène et ces dialogues qui ne sont pas sans rappeler les plus glissants des soaps.

Que fait alors notre jeune homme une fois la discussion terminée ? Il reste coi, sous le choc. Ce n’est pas tous les jours qu’il reçoit des coups de fil d’une demoiselle. Encore plus rares sont les communications à se dérouler de la sorte et à se conclure ainsi. La situation a quelque chose d’intolérable. Tout lui échappe. Lui, qui, grâce à la technologie règle tout sur du papier à musique à la virgule près, là, il perd la main. Il ne compte pas se laisser faire. Il finira bien par savoir qui a téléphoné et qui s’est joué de lui de la sorte. C’est là qu’on voit à quel point la technique est pernicieuse : il passe en revue des moyens simples et rapides de régler le problème. CTRL + Z, comme sous Word, pour annuler la dernière action et revenir juste avant qu’elle ne raccroche ? Impossible, il ne trouve pas la touche CTRL sur son cadran téléphonique. Restaurer la dernière partie sauvegardée, comme dans Quake, pour se replonger dans le dialogue, juste avant qu’il ne faute ? Manque de bol, la touche F2 manque à l’appel, elle aussi. Décidément, s’il présente des avantages évidents, comme les fleurs, les papillons et les vacances à Palavas-les-Flots, le monde analogique, c’est pas tous les jours dimanche.

Pas démonté pour si peu, notre homme du XXIème siècle continue sa recherche avec les moyens, dits, du bord. Tout de même, aujourd’hui, il n’est rien que la technologie ait fait qu’elle ne puisse défaire. Le 3131 ? Pas la peine, ce service ne fonctionne que si la communication n’a pas eu lieu. L’affichage du numéro appelant ? Guère utile une fois que le combiné est reposé… Il ne reste donc plus qu’une seule solution : France Telecom. Le technicien des renseignements ne fut guère utile dans cette quête de la douce inconnue. Malgré les suppliques du jeune homme, qui alla même jusqu’à se faire passer pour un commissaire de la DST en pleine mission secrète, l’homme au bout du fil ne voulut rien entendre. Alors que le moindre serveur web peut garder en mémoire durant des mois la trace du surf de milliers d’internautes, un terminal de France Telecom, lui, fait de l’amnésie pour un numéro à dix chiffres.

Alors il est là, face à son téléphone. Transi par un sentiment d’impuissance qu’il pensait avoir oublié, le jeune homme peste et crache contre ce monde impuissant, désespérément aléatoire. Et puis la colère finit par passer. Au fond, la situation revêt quelque charme. La belle inconnue gagne à rester dans l’ombre. Cet épisode serait même un peu romantique, mignon. Un coup de fil mystérieux, une admiratrice anonyme. Tout cela titille délicieusement. Oui, c’est décidé, demain, il mettra un vase avec des fleurs sur son ordinateur.

De la propagande

(publié dans l’Echo du Village n°228 – Jeudi 6 février 2003)

Tout est bon dans le cochon

Surtout, faites ce que je dis, pas ce que je fais. Voilà comment on pourrait résumer le discours tenu par certains fournisseurs d’accès internet français lorsqu’ils vantent leurs produits. Ils mentent comme des arracheurs de dents, font briller mille merveilles interdites et voudraient, ensuite, qu’on leur pardonne tous leurs péchés. Va, mon provider, tu as fauté mais t’as pas fait exprès.
Il va bien falloir qu’un jour les publicitaires soient responsabilisés. Que quelqu’un s’occupe d’eux, qu’on leur donne un chaperon ou que l’on nomme un surveillant pour qu’ils évitent de commettre des absurdités comme on peut en voir à longueur de temps sur nos bonnes vieilles télés. Qu’il faille présenter l’Internet comme un outil merveilleux, ouvrant les portes de la connaissance, aiguisant la curiosité intellectuelle et permettant de rencontrer des citoyens du monde, soit. Mais qu’on le présente aussi accessible qu’un jardin d’éveil premier âge tout en étant aussi sophistiqué qu’un avion de chasse, non. Et, surtout, qu’on fasse miroiter le fruit défendu, on frôle la malhonnêteté.
Commençons par AOL. En ce moment, AOL communique à longueur de journée sur son accès ADSL. On nous montre de gentils pépés et de gentilles mémés comme en voudraient tous les petits enfants de la terre. Mémé clique, pépé télécharge et ensemble ils surfent, le stéradent étincelant. Hawaï à côté c’est du pipi de chat. Arrive ensuite une jeune donzelle au chignon vitrifié qui nous explique que sur le Grand Internet Mondial, elle peut télécharger de la musique à s’en faire péter la trompe d’Eustache. Et elle la trouve où, sa musique ? AOL propose très certainement une sélection de clips et d’extraits mais à n’en pas douter, ces clips sont les mêmes que ceux qui lavent la cervelle du chignon et de la dame à longueur de temps sur M6 ou MTV. Quand on sait que 80% du trafic des fournisseurs d’accès est généré par le peer-to-peer et l’échange de fichier, on trouve la pilule un peu grosse à avaler. Heureusement, AOL ne plaisante pas avec la loi. Alors même que la jeune fille s’apprête à laisser sa place à un couple modèle, défile alors en bas de l’écran un petit message qui nous explique que, bhaaa, c’est caca de pirater. Précisons que même un ado shooté à Wipe Out ne parviendrait pas à suivre le message.
Mais AOL n’est pas le seul fournisseur d’accès à jouer ce double jeu. Revenons quelques mois en arrière. Fleurissaient alors, partout en France, de belles affiches de publicité pour Wanadoo haut débit qui vantaient les mérites de l’accès ADSL pour enfin profiter pleinement de la musique en ligne. Bien sûr. Mais Wanadoo ne s’arrête pas en si bon chemin. Wanadoo enfonce le clou. Aujourd’hui, Wanadoo se pose en porte drapeau de la positive generation. Passons outre le gnagna du slogan qui fleure bon les matins qui chantent et les damnés de la terre à la mode 2003. Attardons-nous sur ce qui se cache derrière ce slogan. Une « positive generation », qu’est-ce donc ? A regarder les pubs, on comprend que c’est une génération qui ne laisse pas tomber les plus faibles, c’est une génération qui ose, qui se donne la main. C’est, en somme, une génération qui a des valeurs. Or, Wanadoo est un fournisseur d’accès à l’Internet. On comprend donc que cette génération, c’est celle de l’Internet, donc celle de Wanadoo, par glissement. Wanadoo véhicule donc des valeurs, une certaine vision de la vie. Arrivés à ce constat, faisons un rapide détour par les grands combats juridiques menés par les fournisseurs d’accès ces dernières années. On constate que la revendication principale fut celle-ci : nous ne sommes pas responsables du contenu qui transite par nos tuyaux. Tout comme les hébergeurs n’ont pas à faire la police, les fournisseurs se bornent à offrir une connexion, sans plus. Ils n’ont pas le rôle d’un journal ou d’une télévision. Que dire, alors, du discours tenu par AOL ou Wanadoo ?
Que les fournisseurs arrêtent ce double jeu. Qu’ils arrêtent de dire qu’il ne sont que d’honnêtes et mignons prestataires techniques quand ils communiquent sur des valeurs ou qu’ils vendent des pratiques illégales. Cela fait penser à ces fabricants de mines anti-personnels qui vous expliquent qu’ils créent des emplois non seulement en amont, avec la fabrication des mines, mais aussi en aval, avec les prothèses. Bha oui. Au pays du profit, les borgnes sont le client roi.

Non merci pour l’info

(publié dans l’Echo du Village n°282 – Jeudi 12 février 2004)

Le retour des pédos-nazis de l’Internet

Vendu par le club M6 au club Canal+, Emmanuel Chain joue désormais en première division en matière de poujadisme télévisuel. Dernier passement de jambe : un simili débat autour du dernier clip anti-occident d’Al Qaida. Théorie avancée : la nébuleuse terroriste recrute maintenant sur Internet, ANPE mondiale pour meurtriers en mal de main d’œuvre. En d’autres termes : du n’importe quoi d’un fort bon calibre.
Résumons rapidement l’émission, tout du moins le déroulement du débat. M. Chain avait sur son plateau un journaliste spécialiste du terrorisme (ça en faisait au moins un), un politologue du CNRS et, me semble-t-il, un troisième invité, cela sans compter la co-animatrice qui somnolait doucement en attendant le prochain sujet football. Point d’orgue de la kermesse : la diffusion d’un clip de rap anti-américain, anti-occident, pseudo propagande de recrutement pour Al Qaida ou tout autre groupuscule terroriste.
Moralité de l’histoire : le grand Internet mondial, c’est bien mignon, mais si c’est pour faire la promo de Ben Laden, ah ben non alors, j’ai bien fait de l’interdire à mon petit dernier.
Voyant cela, l’internaute un tant soit peu civilisé mû par un réflexe salvateur pense à changer de chaîne et se surprend à aller tirer la chasse. Une fois l’étron télévisuel passé, revenons un instant sur le propos du débat : Internet est un auxiliaire du terrorisme, aidant les plus dangereux des criminels à grossir leurs rangs. Voyons ce qui peut étayer une telle thèse.
Des faits ? Aucune preuve claire n’a été donnée dans le débat. Un tel clip touchera peut-être des jeunes, des terroristes potentiels, mais il était clair que ce petit montage musical n’allait pas faire basculer qui que ce soit du côté des meurtriers.
Un effet du clip ? Qui peut avoir peur d’un clip tourné on ne sait où par on ne sait qui avec un (mauvais) chanteur cagoulé qui nous explique qu’il va détruire l’Occident ? Si ce clip doit avoir un rôle, c’est bien de montrer qu’Al Qaida bouge encore, qu’ils ont des moyens et qu’ils savent se servir du Net. Ca on le savait déjà. Par contre, savoir qu’ils bougent encore, sans parler du Net, merci Emmanuel Chain d’avoir relayé la propagande.
Maintenant, voyons plus largement la place qui a été donnée à l’Internet. Pour cela, on pourra effectuer une comparaison avec la route et la circulation automobile.
Le grand public sait ce qu’est une voiture, il sait ce que sont les autoroutes et se représente bien ce qu’est un accident meurtrier par rapport à la totalité des trajets effectués sans encombres.
Pour l’Internet, c’est une autre histoire. Cela reste flou, bien compliqué et abscons. Il ne faut pas nier ce qu’Internet peut apporter aux groupuscules terroristes et autres déséquilibrés pédophiles. Toutefois, si l’on rapporte cette activité à la totalité de l’Internet, on se rend bien compte que tout cela n’est que parcellaire.

Pourquoi M. Chain n’a-t-il pas fait un sujet sur le rôle fondamental que joue l’Internet dans la reconstruction de l’Irak ? Durant la dictature de Saddam Hussein, de nombreux intellectuels durent fuir le pays. Aujourd’hui, c’est grâce à l’Internet que la communauté des “cerveaux” irakiens peut se reconstruire.
Pourquoi M. Chain n’a-t-il pas fait un sujet sur Victoire Ducrocq ? Une internaute de Dunkerque qui a publié les premiers temps de ses mémoire dans l’Echo du Village, partageant avec tous son enfance sous l’Occupation ? Pourquoi aucun sujet sur Victoire qui a pu trouver sur l’Internet des amis et du soutien pour l’aider dans sa lutte contre une longue maladie qui devait finalement l’emporter l’an dernier ?
Présenter un sujet dans lequel l’Internet est mis en scène comme l’a fait M. Chain relève d’un mauvais travail journalistique, d’une mauvaise hiérarchisation de l’information. L’Internet n’était pas replacé dans un contexte global. Or, présenter une information sous un angle volontairement réducteur, ne pas mettre en lumière tous les éléments ou en éluder certains pour rendre un fait plus attractif ou le faire plus important qu’il n’est, cela ressemble, à s’y méprendre, à de la propagande. Un peu comme un clip d’Al Qaida.

Pierre-Emmanuel Muller

Il est l'auteur de ce blog. Les propos publiés ici n'engagent que lui et son sens de l'humour à géométrie variable. Ils n'engagent en rien celles et ceux qui sont obligés de partager leurs heures de bureau avec lui. Vous pouvez trouver ici un CV, la liste de mes bouquins ou bien encore quelques écrits de jeunesse.